30 avril 2007
Walf Grand'Place : Les images de la misère des sinistrés
PROJECTION DU FILM SUR LE PLAN JAJAAY
Le premier volet du film sur le plan jaxaay du cinéaste Joseph Gaï Ramaka a été projeté samedi dernier au domicile d'Amath Dansokho, learder du P.I.T. Les menbres de la coalition SIGGIL SENEGAL, la société civile, les journalistes et quelques habitants du quartier Médina Gounas, où le film a été tourné le 26 et 27 février derniers, soit deux jours après la réélection de Me Wade, ont assisté à cette projection.
Le Plan Jaxxay a, sans nul doute, couté cher au contribuable sénégalais. A cause des inondations survenues en août 2005, l'Etat du Sénégal, sur instruction du président de la république, Me Abdoulaye Wade, a décaissé 52 milliards de francs Cfa pour, dit-il, reloger les sinistrés. Qu'en est-il exactement ? C'est à cette question que le réalisateur Joseph Gaï Ramaka a apporté des éléments de réponses.
Quelle émotion ! Le film met en évidence les aspects essentiels de la catastrophe. En regardant ce film documentaire de 30 mn, on a l'impression d'être dans un camp deréfugiès. Les ordures, les immondices, les eaux usées et polluées, les maisons démmolies ... constituuent le decor. Une véritable menace pour la santé publique. En plus, Medina Gounas est privé d'infrastructures sanitaires. Les femmes font chaque jour 2 kilomètres pour s'approvisionner en eau potable. Au crépuscule, aux aboiements des chiens s'ajoutes "le show" des moustiques. La précarité de leur condition de vie est sans pareille. Leur misère se mesure à leur détresse. Ils se battent pour survivre. Le Plan Jaxaay, un montage qui a accouché d'une souris.
Pourtant, selon Amath Dansokho, "en 2000, il y avait un plan de restructuration de la banlieue dakaroise et le projet était financé à 7 milliards de francs Cfa par la coopération Allemande, mais c'est Wade qui a refusé l'éxécution des travaux" Par conséquent, pour le leader du Pit, "Wade est le seul responsable de la misère de ces sinistrés. En plus il a détourné les 47 milliards à d'autres fin, car même les entrepreneurs ne sont pas encore payés" Pire, selon Dansokho, les maisons sont toujours démolies, sans indemnisations.
Au départ le gouvernement avait promis la gratuité des nouveaux logements, mais en réalité chaque maison revient aux pauvres goorgolus à 6,5 millions de Francs Cfa.
Par ailleurs, Aly Haïdar, écologiste et leader politique dans l'opposition, propose une solidarité natinale pour ces sinistrés. Aussi l'opposition comptes-t-elle diffuser ce documentaire à Médina Gouna et environs pour davantage sensibilser les populations. Mieux, un Cd de ce film sera remis à tous les chefs religieux, ainsi qu'à toutes les représentations diplomatiques pour alerter l'opinion nationale et internationale.
Maké DANGNKHO
18 avril 2007
CINEMA - “ PLAN JAXAAY ! ” DE JOSEPH GAÏ RAMAKA : A Médina Gounass, sous les eaux de pluie

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CINEMA - “ PLAN JAXAAY ! ” DE JOSEPH GAÏ RAMAKA : A Médina Gounass, sous les eaux de pluie
Comment vivre au milieu des eaux verdâtres et des tas d’ordures ? Que font les autorités pour aider les populations des quartiers inondés à sortir de leur misère ? Ce sont les questions que pose en filigrane le cinéaste Joseph Gaï Ramaka dans son nouveau documentaire “ Plan Jaxaay ! ” présenté semaine dernière en avant-première.
Le 26 février 2007, au lendemain de l’élection présidentielle, le cinéaste Joseph Gaï Ramaka (auteur entre autres de “ Karmen ”, “ Et si Latif avait raison ? ”...) a pris sa caméra et a sillonné les ruelles de Médina Gounass, dans la banlieue dakaroise. Dans cette zone où la plupart des maisons ont été englouties sous les eaux après les inondations d’il y a deux ans, il a donné la parole à des hommes, des femmes et des jeunes qui crient leur frustration et leur rancœur. Cela donne un documentaire poignant de 26 minutes tout simplement intitulé “ Plan Jaxaay ! ”. Le film a été projeté en première samedi après-midi, au domicile de l’opposant politique Amath Dansokho, sur la route de Ouakam, devant des invités triés sur le volet et quelques habitants de Gounass qui ont tenu à témoigner.
Le documentaire de Ramaka se regarde comme un grand reportage. L’auteur ne veut rien démonter, il cherche juste à montrer le vécu insoutenable de ces quelques milliers de Sénégalais qui pataugent dans la boue, boivent une eau saumâtre et utilisent des immondices pour remblayer leur maison. Certaines scènes sont tellement ubuesques qu’on se surprend à se demander comment les habitants de Gounass parviennent à survivre au milieu de ce paysage apocalyptique. Pourtant, ces femmes, ces hommes et ces enfants essayent de sourire, de jouer tout en affrontant un quotidien fait de privations et de frustrations. La caméra de Ramaka s’attarde intentionnellement sur les cloaques pour mieux insister sur le drame que vivent les populations. “ Le 25 février, nous avons voté pour le candidat Wade car nous espérions qu’il allait nous aider à améliorer notre situation. Mais depuis, nous n’avons rien obtenu de concret ”, avoue une femme comme pour répondre à tous ceux qui reprochent à ces populations d’avoir voté pour le maintien du président Wade malgré la précarité de leurs conditions d’existence. Une autre a même prénommé sa fille Viviane (l’épouse du chef de l’Etat, ndlr) pour pousser cette dernière à se pencher sur leur triste sort.
Il y a un peu plus de deux ans, Médina Gounass avait été sous les feux de l’actualité. De fortes pluies avaient inondé la plupart des maisons de cette localité fondée dans les années 1950 par des populations issues de l’exode rural. La situation était tellement catastrophique que le président Wade décida de reloger les habitants dans une zone située à la sortie de la région de Dakar. Ce fut le début du fameux “ Plan Jaxaay ”, du nom d’un oiseau, pour lequel 47 milliards de francs CFA avaient été dégagés par les autorités. Le président voulait que les nouvelles habitations, telles les ailes d’un volatile, soient au-dessus de toutes menaces liées aux eaux de ruissellement. Ce plan avait même été un prétexte pour reporter les élections législatives qui devaient se tenir en 2006. “ Les autorités nous avaient promis des maisons gratuites, mais actuellement il faut débourser six millions de francs CFA pour espérer disposer d’un domicile de trois pièces ”, se plaint un vieux manœuvre à la retraite. Lui qui est père d’une famille nombreuse trouve exiguës ces maisons où il va certainement s’entasser avec plusieurs femmes et une dizaine d’enfants.
Images poignantes et insouciance des enfants
Le cinéaste Joseph Gaï Ramaka a recueilli tous ces témoignages en vrac, sans chercher à s’immiscer dans l’intimité de ses personnages, ni à influencer leurs propos. La force de son documentaire réside dans les images poignantes qui contrastent avec l’insouciance de ces enfants rigolant et jouant dans les ruelles inondées ; ou la coquetterie de ces femmes qui tiennent à leur beauté malgré l’environnement hostile dans lequel elles vivent depuis des décennies. En effet, la lancinante question des inondations à Médina Gounass ne date pas d’aujourd’hui. Déjà en 1989, la zone avait vécu l’une de ses plus graves inondations. Les populations savent que tôt ou tard elles vont quitter ces lieux marécageux où des quartiers ont poussé spontanément en dehors de toutes les normes d’aménagement urbain, comme l’a expliqué un spécialiste qui a assisté à la projection de samedi dernier. Cependant, elles ne veulent pas être l’otage d’hommes et de femmes politiques (du pouvoir comme de l’opposition) qui ne s’intéressent à leur triste sort que pour des raisons purement électoralistes. D’ailleurs, le débat qui a suivi la projection avait parfois des airs de meeting. On y a plus parlé de politique que d’esthétique ou de démarche cinématographique, au grand dam du réalisateur à qui l’on n’a presque pas posé de questions.
Le documentaire “ Plan Jaxaay ! ” de Ramaka est assez bien fait, mais on a l’impression que l’auteur l’a réalisé dans la précipitation. Il aurait pu en faire un excellent 52 minutes en “ creusant ” davantage le sujet avec des images d’archives, des interviews de spécialistes d’aménagement du territoire, d’autorités administratives et d’acteurs politiques. Qui sait, peut-être que ce qu’il a présenté samedi dernier chez Dansokho n’est qu’une ébauche qu’il va améliorer.
MODOU MAMOUNE FAYE
http://www.lesoleil.sn/article.php3?id_article=24421




