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26 septembre 2007

SOULEYMANE BACHIR DIAGNE RÉPOND À SARKOZY:«Parler de l’esclavage, ce n’est pas faire de l’entêtement rétrospectif »

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Souleymane Bachir Diagne, professeur de philosophie à Nortwest University aux Etats – Unis lance un avertissement : « il y a une forme de tendance qui consiste à écarter d’un revers de main la mémoire de l’esclavage historique, à dire on n’a pas besoin de toujours faire référence à cette mémoire, c’est une chose du passé, regardons vers le futur ».


Dans un entretien qu’il nous accordé, il a répondu à Nicolas Sarkozy et à tous ceux qui veulent minimiser les héritages du passé ou revisiter cette mémoire en essayant de lui donner une signification en fonction des préoccupations présentes. L’intellectuel sénégalais assène : « Parler de l’esclavage, ce n’est pas faire de l’entêtement rétrospectif ».

Il s’explique « D’abord, cette mémoire est vive et c’est une mémoire qui agit encore dans le présent car nous vivons en présence du passé ». Le philosophe soutient l’initiative de Mme Adam Ba Konaré qui lance à la suite du discours de Nicolas Sarkozy à Dakar un appel pour la sauvegarde de la mémoire, parce qu’encore, dit il, « la mémoire est très importante, non pas pour des raisons rétrospectives car il ne s’agit pas de regarder dans le rétroviseur mais c’est véritablement pour l’avenir. » Et au nom de cet avenir, le Pr Bachir Diagne déclare : « Il est très important que les Africains soient les gardiens de leur propre mémoire.

Pour l’avenir de ce continent, il est important que nous sachions gérer la mémoire, il y va de qui nous sommes, de ce que nous voulons être dans le futur ». C’est ce qui permet de mieux comprendre son propos sur « les formes d’esclavage dans le monde d’aujourd’hui » jeudi dernier au théâtre Claude Lévi-Strauss du Musée du Quai Branly.

En effet, le Pr Diagne qui inaugurait un cycle de conférences consacré à l’universalité des droits de l’homme en se consacrant plus particulièrement à l’article 4 de la Déclaration Universelle des droits de l’Homme qui est un article interdisant l’esclavage sous toutes ses formes, plus particulièrement des formes contemporaines de l’esclavage a tenu un propos double. D’une part, en s’appuyant sur une réflexion, une analyse de l’article 4, il a parlé des formes contemporaines d’esclavage qui ne sont pas de même nature que l’esclavage historique et deuxièmement, il a montré que le souci d’actualité, le souci légitime de combattre les formes contemporaines, modernes d’esclavage ne doit pas faire oublier que la mémoire des esclavages passés est aussi très actuelle et qu’elle blesse et provoque encore certaines déchirures.

Le philosophe sénégalais a tenu les deux bouts de la chaîne, à dire d’un côté qu’il est important d’avoir un instrument comme cette Déclaration universelle des droits de l’homme, l’article 4 en particulier pour rappeler qu’il faut être vigilant et que des formes renouvelées ou différentes d’esclavage existent encore malheureusement, et d’autre part parler de la présence des mémoires de l’esclavage aujourd’hui. Pour faire en sorte que la gestion mémorielle ne puisse pas déboucher sur une guerre des mémoires et le choc déclaré des civilisations et pour favoriser l’érection d’une chaîne fraternelle et d’entente entre les peuples, la reconnaissance de toutes les mémoires est importante. « La blessure la plus importante de la mémoire, dit il, est d’avoir l’impression de ne pas être reconnue, qu’elle n’est pas inscrite dans l’espace de nos lieux de mémoire. Autrement dit, ce que demande les populations d’ascendance africaine c’est de faire en sorte que cette mémoire soit inscrite dans l’espace de la République, c’est le résultat auquel a abouti la loi Taubira en France ».

Au fond, c’est ce qui est le plus important. « La reconnaissance apaise, elle est une voie vers la pacification des mémoires parce que tout le monde voit sa propre mémoire inscrite dans l’espace universel de la République et à ce titre-là l’inscription des mémoires dans l’espace de la République crée cette convergence et constitue un tissu qui fabrique une socialité et une citoyenneté nouvelle au sein de la République, et c’est en cela que la mémoire a une fonction d’unification et non pas une fonction de division. Encore une fois, des mémoires reconnues au sens fort du terme, cela est une condition pour cette harmonie et cette visée de l’Universel qui réunit une Humanité réconciliée avec elle-même » éclaire Souleymane Bachir Diagne.

D’ailleurs les nouvelles formes d’esclavage dans le monde actuel sont aussi une conséquence de l’oubli des esclavages historiques, qu’ils soient le fait d’Européens ou d’Arabes. La reconnaissance suppose que toutes les mémoires des esclavages au pluriel soient connues et reconnues. L’esclavage arabe par exemple est très peu documenté. « Il y a deux raisons à cela, argumente Bachir Diagne : d’abord une raison psychologique et deuxièmement, on n’a pas suffisamment de connaissances historiques sur ce terrain. C’est un terrain qui est peut-être plus difficile à explorer que l’esclavage trans-atlantique parce que le terrain de l’esclavage trans-atlantique a toujours été relativement balisé par les registres de commerce qui étaient tenus. Il y a des traces écrites, de la documentation. On pouvait savoir que tel bateau avait tel chargement, a livré son chargement à tel port, etc.

Tandis que la traite trans-saharienne ou la traite de l’océan indien était plus artisanale mais elle a duré beaucoup plus longtemps et ensuite les populations ont fondu pour ainsi dire à l’intérieur du monde arabe. Donc, il est important de soulever cette question et faire en sorte que cette histoire soit connue ». Les blessures sont toujours actuelles et dans beaucoup de cas, elles se prolongent sous une forme de racisme. Souvent on assimile des populations d’origine africaine à des esclaves ; malheureusement, cela peut être le cas au niveau de certaines couches les moins éduquées et les moins instruites de certaines sociétés. Ce sont là des conséquences qui indiquent la nécessité de connaître et de reconnaître ces histoires et les mémoires qui en découlent.

Cette reconnaissance est une condition nécessaire pour une humanité réconciliée avec elle-même. « La finalité n’est pas de gratter les blessures ou de se complaire dans un rôle de victimes mais c’est simplement au contraire une condition pour aller vers une humanité qui fait vivre en présence de son propre passé, un passé de douleurs quand il s’agit de l’esclavage ou d’autres systèmes de domination abominables mais cela est une condition également pour que cette humanité regarde l’avenir avec confiance et se regarde elle-même dans un esprit de réconciliation et de paix. »

En définitive, nous pensons que réclamer la reconnaissance de notre histoire, n’est pas une quête de posture de victime éternelle ni une déclaration de faillite par rapport à nos obligations actuelles. Car l’Afrique s’est élancée depuis longtemps dans le futur. « Le sens, la signification n’est pas quelque chose qui viendrait de notre passé pour se projeter sur notre présent », souligne Bachir Diagne. C’est au contraire en vertu de ce que nous voulons être dans le futur. Le sens de nous-mêmes, la signification que nous nous donnons dans le futur, la manière dont nous nous projetons dans l’avenir qui doit donner sens et à nos actions présentes et également à la signification que nous donnons à notre passé. Et la mémoire a cette fonction-là, cette fonction centrale qui consiste à nous faire passer dans l’avenir. Très bergsonien en philosophie, Souleymane Bachir Diagne conclut : « Ce rôle de passage qui est dévolu à la mémoire fait que la conservation de cette mémoire n’est pas simplement affaire de musée, c’est véritablement affaire de prospective, de projection de soi dans l’avenir. »

 

 

Par El Hadji Gorgui Wade NDOYE ( ContinentPremier.Com – ONU – Genève)

 

Posté par ramaka à 13:42 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

soutien a Adam bah Konare

Je suis chercheur africaniste, je viens de finir une recherche sur les Pymees du nord Congo/Brazzaville pour 10 ans intitulee les autochtones du nord Congo avant la penetration des Europeens comme par coincidence Adam bah Konare dans sa replique au President Sarkozy emboite le pas et je veux donc tout de suite renter en contact directe avec qu'elle pour la suite de son initiative. Je comte sur vous pour l'exercice de mon travail et ensuite me mettre au contacte avec elle. Merci.

Posté par B.Kimbembe, 11 octobre 2007 à 09:34

soutien au discours de Souleymane Bachir Diagne

tres bon discours dans le meme sens que Me Adam Bah Konare et me pousse envie de faire bataille ensemble entend qu'africain. je viens de terminer une recherche inedite sur ce qui s'etait rellement passe sur les Pygmees du nord Congo avant que les Europeens ne viennent sur le continent les etudier pour aujourdhui declarer les choses qu'ils ne maitrisent pas ou qu'ils ont ecrit faussement. je vous pris une fois de plus de me passer le email de Bachir. Aussi est c'est possible que vous me publier une etude de 25 pages sur votre journal? j'en est fini. A bientot.

Posté par B.Kimbembe, 11 octobre 2007 à 09:45

felicitation

j'avoue que je suis tres content de la reponse de bachir diagne à sarkozy.
FACELY KONDE eleve au senegal

Posté par facely konde, 02 mai 2008 à 12:21

Je vaux devenir Bachir

Je suis, pour me présenter le plus simplement,Papa boubacar faye, actuellement et recement titulaire du baccalauréat. je compte suivre la philosophie en université, et je voulais avoir l'email du Pr Bachir pour qu'il me passe quelques conseils sur la matière, sa manière de faire...un peu de tout pour m'aider à emboiter ses pas. et aussi je veux qu'il m'aide à poursuivre mon livre intitulé 'philosophie pour enfant'.je compte sur vous

Posté par boubacar, 01 septembre 2008 à 01:34

Notre fierté

C'est notre fierté nationale

Posté par amoctad, 07 septembre 2008 à 15:36

merci bachir

La première fois que j'ai entendu votre nom c'était par le biais de noyre prof de philo qui vous vénérait. La première fois que je vous ai écouté c'était en 1996 à l'unversité de StLouis et depuis je vous ai aimé. Merci pour ce que vous êtes, pour ce que vous faîtes.Je vous aime tellement...

Posté par ahma, 21 juin 2009 à 12:46

Encouragements

Bonsoir, je suis interne des hopitaux de Dakar. Juste pour dire, Mr Souleymane, vous étes la fierté de toute l'Afrique noire et de tous ceux qui aspirent la justice. Bonne continuation

Posté par Ngaidé, 27 juin 2009 à 20:58

c fantastique

sincérement monsieur diagne est la fierté de la race noire un homme d une envergure multidimensionnel et incommensurable vraiement je voudrai que vous m'aidiez à avoir son adresse electronique

Posté par nietzsch, 28 juillet 2009 à 14:25

un exemple de l´intelligensia africana.

salut,
je vous souhaite de bien vouloir me faciliter les possibilités de pouvoir accesseder aux coordonnées du prfesseur car j´ai besoin de publier un roman et je voudrais lui confier la préface.
merci pour votre comprehension.

Posté par ngagne gueye, 16 août 2009 à 12:08

Le Penseur de l'Afrique

Pr Diagne fait la fierté de l'Afrique partout dans le monde. Ses idées sur la Philosophie et l'Islam fait de lui l'un des plus grands penseurs de ce siècle. Vu que l'Islam est au centre de toutes les discussions et des débats dans la presse.
Très bien dit ! Concernant la réponse à Sarkozy.

Posté par Sheik Ahmadou, 24 octobre 2009 à 16:19

SOLEIL MAN(LE BRILLANT)

TU ES NOTRE AMBASSADEUR ET DEFEND NOUS!DEFEND TON PEUPLE!t'as di ce ke fantomas et son troupe n'ont osé penser;sarkozy? voilà un blanc qui veux nous apprendre notre histoire;c un africain ala peau blanche peut etre bien:le pouvoire lui à monter sur son cervelet

Posté par SONOUNA, 11 décembre 2009 à 12:28

felicitation

je felicite d'avantage monsieur diagne de son acte
je suis un diciple de souley car je suis un eleve de ses eleves

Posté par lyco, 16 décembre 2009 à 10:15

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