MONSEIGNEUR THÉODORE ADRIEN SARR AU CIMETIÈRE SAINT-LAZARE: «Nous n'avons pas oublié; nous ne pouvons pas oublier, nous ne devons pas oublier»

 

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Ces propos de Monseigneur Théodore Adrien Sarr, Archevêque de Dakar, hier mardi après-midi, au Mausolée érigé au Cimetière Saint-Lazare en hommage aux disparus du naufrage du Joola, résument le désarroi actuel dans laquelle se sentent les familles des victimes du drame : l'oubli qu'on veut leur imposer. Cinq ans après l'événement, les familles ont une amertume aussi immense qu'une mer. La cérémonie de dépôt de gerbe n'a pas laissé froides les personnes présentes, même si elle a laissé froid dans le dos.

Une cérémonie empreinte de solennité, où étaient présents aussi bien les parents, alliés et amis des victimes que les personnalités diplomatiques, poltico-administratives, religieuses et médiatiques. Au cimetière Saint-Lazare de Béthanie à Dakar, le Mausolée érigé à la mémoire des naufragés du "Joola" a servi de cadre pour cette cérémonie.

Ce Mausolée, de forme circulaire, suggère un fragment de navire avec un mat en forme de croix à la branche horizontale en croissant lunaire : la croix des catholiques et le croissant de lune des musulmans. Les noms des disparus sont inscrits Quatre pans de granit où à l’intérieur de quatre (4) pans de granit représentant les 4 coins cardinaux d'où venaient les victimes, avec des panneaux vitrés plongeant dans l’eau et rappelant la tragédie. Près de 2.000 morts et disparus, cette nuit du 26 au 27 septembre 2002... En dépit de 80% des indemnités versées aux ayants droit des victimes, le souvenir reste vivace, même si les familles ont l'impression amère d'une mer d'oubli dont les vagues sont en train d'être formées par l'État sénégalais.

Justement, l'allocution de l'Archevêque de Dakar met l'accent sur ce nouveau crime qu'est l'oubli qu'on a tendance à imposer à ce drame. Trois (3) vers préliminaires, pour ce discours engagé de Mgr Théodore Adrien Sarr : «Nous n'avons pas oublié; nous ne pouvons pas oublier; nous ne devons pas oublier». Et le prélat classifie correctement les trois niveaux d'amnésie relative à ce drame : «nous n'avons pas oublié le bien triste (...) drame qu'a constitué le disparition si brutale de tant d'enfants, jeunes et adultes (...) au point que chaque année nous organisons des cérémonies commémoratives, à Ziguinchor et à Dakar...», fut son premier constat.

Le deuxième degré d'amnésie n'est pas moins important : «nous ne pouvons pas oublier le drame (...) d'une part, sa brutalité, sa nature et ses dimensions ont frappé si profondément nos esprits et nos coeurs que ses impacts ne peuvent et ne pourront si vite s'effacer, d'autre part, ses conséquences néfastes s'imposent et continueront de s'imposer à nos consciences (...) Comment oublier tous ceux et celles ... dont les corps reposent quelque part dans les profondeurs de l'océan?» Et le troisième régistre, l'Archevêque l'évoque et invoque la conscience collective : «nous ne devons pas oublier une telle tragédie, tant elle a engagé des responsabilités humaines... Le naufrage du bâteau "Le Joola" est à imputer à des carences de notre société.

L'oublier ou chercher à l'oublier équivaut à nous dérober, équivaut surtout à laisser les mêmes causes continuer de produire les mêmes effets. L'accomplissement du devoir de mémoire s'impose à nous, non pas tant pour raviver blessures et souffrances, mais pour accueillir les leçons du drame, et nous engager courageusement sur le chemin des changements de mentalités et de conduites». Monseigneur Théodore Adrien Sarr termine son discours par une prière à Dieu pour qu'il nous aide «à nous engager généreusement sur la voie de la réparation des dommages du naufrage... et dans la voie de la prévention de toute catastrophe similaire sur nos routes, sur nos côtes, dans notre espace aérien».

La cérémonie était conduite avec l'animation, d'une part, de la chorale Notre Dame de Ouakam sous la direction de Sylvain Bathio, d'autre part, de la fanfare combinée de Saint-Louis et de Kaolack, dirigée par l'Adjudant Cissokho. Outre la présence des ministres Bacar Dia, de l'information, porte-parole du gouvernement, et Christian Sina Diatta, des hydrocarbures et des énergies renovelables, la cérémonie a été réhaussée dans son caractère de communion et de collégialité par la bénédiction physique et spirituelle de Serigne El Hadj Mountaga Tall, de la famille omarienne. On ne peut finir d'en parler sans mettre la réaction vive de Nadine Verschatse de l'Association des Familles de Victimes de France qui s'est offusqué de l'absence de Me Abdoulaye Wade à une aussi solennelle cérémonie.


Patrick Lin Gérard DJOSSOU