ENQUETE - Présomption de blanchiment d’argent, trafic de drogue, arrivée de Sudatel … : Les Américains fouillent le Sénégal

Tout le monde avait voulu l’affaire discrète mais une visite des principales structures de l’Administration américaine en charge des affaires de lutte contre le grand banditisme international dans un pays, ne saurait passer inaperçue surtout que la délégation d’agents du Fbi, de la Cia, des départements de la Justice et du Trésor américains s’est montrée très curieuse face aux officiels sénégalais.

Une visite d’officiels américains la semaine dernière, au Sénégal continue de susciter l’émoi dans les plus hautes sphères de l’Etat. Une forte délégation, constituée d’éléments du Fbi, de la Cia, des départements du Trésor et de la Justice des Etats-Unis d’Amérique, a rencontré des responsables des ministères de l’Intérieur et de l’Economie et des Finances du Sénégal. Un haut fonctionnaire qui a pris part aux discussions, s’étonne encore de la précision des questions posées par les Américains. Ainsi, on apprend qu’au niveau de la Place Washington où ils ont discuté avec le directeur de cabinet du ministre d’Etat Ousmane Ngom, absent du Sénégal au moment de la visite des Américains, les questions ont tourné autour de la recrudescence du trafic de drogue dure dans la sous-région d’Afrique de l’Ouest et surtout, des importantes saisies de cocaïne opérées par les forces de sécurité sénégalaises. Les Américains qui partent du postulat que, si une tonne de drogue est saisie, certainement dix autres ont passé à travers les mailles des filets des forces de sécurité surtout avec les frontières maritimes très poreuses du Sénégal. Ils ont montré une grande préoccupation face à la situation du Sénégal qui tend à devenir une des plus fortes plaques tournantes du trafic international de drogue dure. Les agents du Fbi et de la Cia ont évoqué la question du blanchiment d’argent sale éventuellement tiré du trafic de stupéfiants et autres circuits illicites. Ils ont ainsi cherché à être informés des dispositions (déjà prises) ou que le gouvernement du Sénégal compte prendre pour faire face à ce fléau. Sur ce plan, ils ont assuré leurs interlocuteurs de la volonté des Etats Unis d’être aux côtés du Sénégal pour juguler ce phénomène. Mais il n’empêche que le boom immobilier constaté à Dakar et même, dans certaines villes de l’intérieur du pays dont Louga, inquiète les agents fédéraux américains sans compter une certaine surliquidité au niveau de certains établissements financiers de la place.

L’intérêt manifesté par les Américains pour le blanchiment d’argent a aussi occupé les entretiens avec de hauts responsables du ministère de l’Economie et des Finances. La délégation américaine s’est particulièrement intéressée à des «revenus aux origines indéterminées», constatées dans le circuit économique et financier au Sénégal. A cet effet, le contrat signé entre l’Etat du Sénégal et la société soudanaise Sudatel, détentrice d’une nouvelle licence de téléphonie au Sénégal, n’a pas été pour arranger les choses. Sudatel étant sur une liste rouge du département d’Etat américain pour de fortes présomptions de liens avec des milieux terroristes, sa présence au Sénégal ne pouvait pas ne pas attirer l’attention. Ainsi, on apprend que ce nouvel opérateur aurait cherché à lever des fonds à partir de Dubaï pour payer son ticket d’entrée au Sénégal d’un montant de 200 millions de dollars. Somme dont le chèque équivalent a été d’ailleurs remis aux autorités sénégalaises la semaine dernière.

Par ailleurs, les officiels américains ont cherché à éplucher certaines rubriques des comptes publics du Sénégal en s’interrogeant sur la traçabilité de certains dons accordés au Sénégal dans le cadre de la coopération internationale et dont ils ne retrouvaient pas de façon évidente, les écritures. En outre, au détour de certaines discussions, des officiels Américains se sont interrogés sur la «Dubaïsation» de l’économie sénégalaise. Certains de leurs interlocuteurs sénégalais n’ont pas manqué de prêter attention à l’intérêt porté à certaines personnalités politiques sénégalaises. «C’est à croire que les Américains faisaient en même temps une enquête de personnalité», indique une source proche des milieux de renseignements au Sénégal.

Madiambal DIAGNE