18 janvier 2008
PLAN JAXAAY - Controverse autour de l’attribution des maisons
Edition du Mardi 5 juin 2007
PLAN JAXAAY - 
Ces maisons ne font pas toujours le bonheur de leurs occupants..
(Photo: Le Quotidien)
Controverse autour de l’attribution des maisons : Du plomb dans l’aile de l’aigle : Du plomb dans l’aile de l’aigle
«Le président Wade avait voulu vous donner une maison parmi celles du plan Jaxaay, mais elles ne sont pas très grandes…», avait témoigné, en substance, Daouda Faye, le ministre du Sport à la famille de feue Fanta Keita, championne d’Afrique de judo décédée en octobre 2006 au Maroc, à l’occasion de la cérémonie de remise des clés de la maison que l’Etat leur avait promise (Un appartement de 4 pièces dans l’immeuble des Hlm Maristes, ndlr). Ce témoignage de «Vava» donne, d’une certaine manière, une idée du mode d’attribution, manifestement nébuleux, des maisons du Plan Jaxaay. En principe, ces maisons étaient destinées aux sinistrés victimes des inondations survenues en 2005 dans la banlieue dakaroise notamment, Guédiawaye, et Pikine.
Pour rappel, des eaux pluviales avaient envahi de nombreuses maisons amenant du coup, des milliers de familles à se réfugier sous des tentes installées sur différents sites. Et Me Wade avait promis, on se rappelle, le relogement de ces familles sinistrées en leur construisant des maisons dans le cadre du plan Jaxaay, en échange de la démolition de leurs demeures pour l’aménagement des terres dégagées. Cela, pour une enveloppe officielle de 54 milliards de francs Cfa. Le terme Jaxaay, nom wolof de l’aigle, est un choix personnel du président de la République, qui voulait symboliser l’oiseau qui ne se laisse pas embourber dans les eaux. Mais, deux ans après le démarrage des travaux, alors que certaines maisons sont déjà prêtes et occupées, de nombreux sinistrés vivent toujours sous les tentes. Alors, ils soupçonnent une «injustice» dans l’attribution de ces maisons.
C’est en tout cas le sentiment de Ndeye Fall, présidente des femmes sinistrées rencontrées dans le site dénommé Bujumbura (Nom de la capitale du Burundi) situé dans le Camp militaire de Thiaroye. Emmitouflée d’un boubou en lagos assorti d’un foulard blanc autour du cou, cette quinquagénaire s’extirpe de sa tente pour exprimer sa colère : «La gestion des maisons Jaxaay est discriminatoire. Certaines maisons construites pour les sinistrés ont été attribuées aux déplacés de la gare ferroviaire de Dakar, de la cité cap-verdienne, Terou Baye Sogui.., alors qu’ils n’y ont pas droit. Ces maisons sont construites exclusivement pour les sinistrés.» Le coeur meurtri, cette habitante de Pikine Guinaw Rail poursuit : «Même si leurs (les habitants des quartiers sus-mentionnés) maisons ont été démolies par l’Etat, je pense que la priorité doit nous être accordée.» Pis, s’écrie-t-elle, «les autorités nous ont même sommés de lever le camp d’ici 2 mois, sans vouloir nous recaser.» En effet, le décor qu’offre Bujumbura est alarmant.
Des tentes déchiquetées par endroits, et qui laissent voir des intimités déchirantes. A l’extrême droite du site, un bloc de cinq toilettes jouxte les tentes. Sans parler d’une fosse septique à ciel couvert dont l’odeur atteint à la gorge. N’en pouvant plus de vivre dans ces conditions, Mme Fall, demande à l’Etat de les recaser, ou bien de les ramener dans leurs anciennes maisons. «Nous sommes fatigués de vivre dans ces conditions. Les autorités nous avaient promis que les travaux n’allaient durer que 30 mois. Mais, voilà 2 ans qu’on est là, sans aucune assistance. Je vivais mieux chez moi, en dépit des eaux», peste-t-elle.
ELOIGNES DE TOUT
A la cité Jaxaay, sise à Keur Massar, la première impression est celle de l’isolement par rapport aux autres cités. La route qui y mène est cahoteuse. A l’entrée de cité Jaxaay 1, l’on peut lire à travers le mur de clôture : «Un toit, une famille.» Des maisons peintes en bleu et jaune, qui renvoient à la couleur du Parti démocratique sénégalais, attirent l’attention. A quelques kilomètres de là, Jaxaay 2. Ici, certaines maisons sont occupées, alors que le chantier est toujours en construction. A Jaxaay, l’omerta est de rigueur. La présence des journalistes suscite une méfiance particulière. Comme si les habitants de cette cité avaient reçu une consigne stricte. Rares sont les personnes qui acceptent de se confier à la presse. Parmi elles, Awa Seck, une dame d’une cinquantaine d’année.
Seau vide à la main gauche, cette vendeuse de poisson signale : «Ces maisons que vous apercevez là, sont habités par les déguerpis de la gare ferroviaire de Dakar.» Ce ne sont pas les seules personnes à bénéficier de ces maisons. D’autres «désœuvrés» ont, également, eu à bénéficier de la «générosité» du concepteur de ce plan, Me Wade. Comme en témoigne Serigne Mbengue, un sinistré d’une trentaine d’année, venu de Médina Gounass : «Cette maison-là (Désignant l’une des quatre maisons témoins construites à l’entrée de la cité et réalisées par la Sipres, Ndrl) a été attribuée à une vielle dame qui, lors de la visite que le président Wade avait effectuée sur les lieux, l’avait sollicité publiquement pour obtenir une maison, en arguant qu’elle était veuve. Et, séance tenante, le Président Wade lui a remise, gratuitement, les clés de l’une de ces maisons. Alors qu’elle n’était, même pas, sinistrée.» Interpellé sur la question, Mansour Ndoye, chef du projet du plan Jaxaay confirme le recasement des déguerpis de la gare routière de Dakar, mais dément tout attribution de maisons aux habitants de la cité capverdienne et de Terou bay Soggi. Justifiant le premier cas, cet ingénieur explique : «Lorsque le président Wade lançait le Plan Jaxaay, il était destiné aux couches les plus défavorisées.»
Pour lui, le sens donné, en réalité, à Jaxaay, c’est que, souligne-il, «c’est un projet de construction contre les zones inondables et les bidonvilles». Ainsi, assure-t-il, «les 79 familles sinistrées restantes auront leurs logements avant l’hivernage». Quant au sort des sinistrés locataires, le chef du projet du Plan Jaxaay déclare qu’il est du ressort des autorités. Et, pour ce qui est de la sommation donnée aux sinistrés du Camp de Thiaroye, M. Ndoye nie : «Il n’y a aucune sommation pour lever le camp. J’ignore d’où vient cette décision, mais ce ne sont pas les autorités.»
DES EMBUCHES SUR LE TRAJET DE JAXAAY
Faisant la situation globale du projet Plan Jaxaay, Mansour Ndoye, qui rappelle que ce plan «ne se limite pas uniquement à la construction de logements, mais aussi à l’assainissement, à la réalisation de bassins», entre autres missions, indique que 3000 logements devront être construits en 3 tranches de 1000. Cela, pour un montant de 19 milliards de francs Cfa. La première tranche dont les travaux sont confiés à treize promoteurs immobiliers au total, est déjà réalisée à 80%. Si la deuxième tranche est réalisée à 60%, la dernière tranche dont les travaux sont conjointement réalisés par des promoteurs immobiliers et des constructeurs, en est à 28% de réalisation. Ce retard est dû, selon cet ingénieur, par le fait que le démarrage simultané de ces travaux «allait coûter beaucoup d’argent à l’Etat». A l’en croire, 800 familles ont rejoint leur nouvelle maison. Pour les autres, renseigne-t-il, «c’est un problème d’héritage ou des litiges fonciers qu’on doit régler». Par rapport aux 1800 sinistrés vivant toujours dans les camps, les 600 sont des locataires et les 400 autres, des propriétaires.
ABSENCE D’HOPITAL, DE MARCHE ET D’ECOLE
Visage ridé, yeux hagards, Awa Seck ne peut contenir sa colère, lors qu’elle décrit son calvaire dans cette cité. Comme isolés du monde, elle et ses congénères sinistrés, qui ont eu la «chance» d’être relogés, sont privés d’infrastructures de base. Pas d’hôpital, ni de marché, encore moins de commissariat, ni d’école, sans parler de route bitumée. Hormis, la latérite qui a fini de peindre la façade des maisons en marron. Courroucée, cette dame qui semblait n’attendre que le passage de la presse pour déverser sa bile, peste : «Vraiment on est fatigués. Il n’y a rien ici. Lorsqu’une femme veut accoucher, elle est obligée de se rendre à l’hôpital situé à l’entrée de Keur Massar, qui est très éloignée.» Très en verve, cette dame qui vient de Pikine ñiety mbar, poursuit : «Non seulement, les véhicules clando ne circulent pas la nuit, mais la route est quasi impraticable. L’autre jour, une femme enceinte a fait une fausse couche, à cause de cette route. Une autre a même accouché dans un véhicule.» A ces peines, s’ajoutent ceux provenant de l’inexistence de marché. Binta Sall, une autre dame d’une soixantaine d’années, s’invite au débat et raconte : «Chaque jour, on prend le clando pour aller au marché qui se trouve près de la mairie de Keur Massar. Tout ce que l’on gagne, on le dépense en transport. Pour faire un aller-retour, il faut débourser 800 francs.» Et pourtant, poursuit cette sinistrée venue, également, du même quartier que sa voisine Awa Seck, leurs doléances ont été portées à la connaissance de Viviane Wade, à l’occasion de sa visite sur les lieux, lors de la dernière campagne présidentielle. Mais, désole-t-elle, «rien n’a été fait».
A cela, s’ajoute l’insécurité. Selon, toujours, Mme Sall, «chaque maison est tenue de payer 1 000 francs au vigile pour assurer la sécurité de sa maison. Il n’y pas de mur de clôture. Et celui de l’arrière-cour est très basse, ce qui est une aubaine pour les voleurs. En plus, s’y ajoute le manque d’éclairage public». A propos d’électricité justement, les populations de Jaxaay n’ont pas manqué de se plaindre des compteurs de prépaiements installés dans toutes les maisons. Lesquels compteurs leur posent, considère Serigne Mbengue, de sérieux problèmes. «Il est difficile de trouver les cartes prépayées. Je me rendu, hier, (vendredi, veille de notre reportage, Ndlr) à l’agence de la Senelec de Rufisque pour m’en procurer. Mais, on m’a dit que l’ordinateur était en panne. Alors qu’on est en week-end. Imaginez un peu !», raconte, irrité, un jeune homme. De plus, poursuit-il, «Les cartes ne durent pas longtemps. Pour une carte de 10 000 francs Cfa, vous n’en avez que pour quelques semaines. Et, si vous avez un réfrigérateur, n’en parlons.» Malheureusement, cette information n’a pu être vérifiée auprès des responsables de la Senelec. Toutes les tentatives pour joindre leur bureau de Rufisque sont restées vaines.
Sur toutes ces carences, M. Ndoye reconnaît que les travaux qui devaient être réalisés, en amont, n’ont pas été faits. «Ils ont raison. On aurait dû construire les infrastructures de base d’abord.» Mais, justifie-t-il, «Quand on lançait le plan Jaxaay, on ne pensait qu’à sortir les sinistrés des eaux.» Et, pour rectifier le tir, le chef du projet du plan Jaxaay annonce la construction d’un hôpital «à l’image de celui Matlabul Fawzayni de Touba». Pour cela, indique-t-il, deux maisons seront transformées. Il en est de même pour la construction du commissariat, qui se fera à partir de trois maisons réamenagées. Concernant le marché, M. Ndoye soutient que des contacts ont été pris avec un promoteur. L’école primaire, quant à elle, sera livrée, promet-il, à la rentrée prochaine.
DES SINISTRES DANS L’IMPOSSIBILITE DE PAYER
Annoncées, au début, comme gratuites par Me Wade, mises en vente par la suite, les maisons du plan Jaxaay posent de sérieux problèmes à leurs destinataires. Confiées à la Société nationale de l’Habitat à loyer modéré (Sn Hlm), elles sont cédées entre 4 millions et 6 millions de francs, «selon le choix d’acquisition». Mais, quelque soit le montant, il est toujours trop élevé pour certains. A l’instar de Fama Dia, une jeune femme mariée, d’une vingtaine d’années. «Sincèrement, on n’a pas les moyens de payer. Comment quelqu’un qui n’a pas de quoi manger peut-il payer une maison à 4 millions ?», s’étonne celle qui n’en revient pas que les autorités aient renoncé à octroyer gratuitement leurs logements aux sinistrés. Venue du quartier Bagdad, à Guediawaye, elle vit, depuis deux ans, dans une trois pièces de 150m2 avec son mari, leurs quatre enfants et sa belle famille. Elle dit avoir reçu, une fois, des agents des Impôts et Domaines qui les ont informés de la décision de mettre leur logement en location-vente, moyennant 26 000 francs Cfa par mois pour une durée de 20 ans. Assise devant sa maison non clôturée, Aminata Konté une jeune fille sinistrée, de 25 ans, coiffeuse de profession, dit ne pas comprendre qu’on leur demande de payer les maisons alors que, argue-t-elle, «on nous a déguerpis de notre maison qui, pourtant, n’est pas démolie à ce jour, et l’on veut nous faire payer. Ensuite, les autorités ne nous ont pas attribué deux maisons, comme convenu lors du recensement. Nous étions une grande famille, et nous habitions une grande concession de 7 chambres. Tandis que d’autres familles moins nombreuses en ont reçu deux. Nous nous entassons dans les chambres. Moi, je partage une pièce avec ma mère, à mon âge». Ce qui l’amène à soupçonner un relent de «magouille organisée par les agents qui étaient chargés du recensement». En plus, pour elle, les autorités leur avaient promis des logements plus grands à l’image des maisons témoins exposées à l’entrée. Mais, «c’est de la propagande que ces maisons-là, pour faire croire que nous sommes à l’aise».
Des accusations que M. Ndoye dégage en touche. Selon lui, chaque famille bénéficie d’une seule villa. Cependant, note-il, «il y a des cas d’exceptions et des cas frappant. Ceux qui en ont bénéficié avaient une maison R+2 avec une famille de 10 personnes». Avant d’ajouter : «C’est vrai qu’il y a parmi les sinistrés certains qui sont moins à l’aise. Mais, certains vivaient dans des baraques construites sur des terrains qui n’avaient pas de titre foncier, ni base juridique.»
CONFUSION AUTOUR DE LA CESSION
Contrairement à Mlle Konté, Ibrahima Dièye, 63 ans, se plaint plutôt du prix des maisons qu’il juge excessif. Cet homme qui vit seul dans sa maison, soupire : «J’avoue que ne comprend pas. L’Etat avait arrêté le prix des maisons à 4 millions. Il revient, maintenant, pour les fixer à 6 millions. Je n’ai pas de moyen, car je suis retraité. Mais, qu’à cela ne tienne, j’ai commencé à versé mon acompte de 26 000 francs Cfa, depuis le mois de mars auprès de la Banque sénégalo-tunisienne.»
Du côté de la Sn Hlm, l’on se garde de tout commentaire. Joint au téléphone, Moustapha Diop, le chargé de la commercialisation des maisons, renvoie à son directeur général qui, lui, est injoignable. Néanmoins, le chef du projet du plan Jaxaay tentera d’apporter des éclairages. Selon lui, «il s’agit d’une incompréhension». Il explique : «Les maisons coûtent 4 millions. Maintenant, cela dépend du mode d’acquisition des logements. Si quelqu’un a la possibilité de payer comptant, la maison lui revient à 4 millions. Au cas contraire, il peut verser 26 000 francs durant 20 ans. Ce qui fait 6.240.000 francs si on y inclut les frais d’assurances vie et risque.» Pour lui, ces maisons auraient même dû coûter plus cher si l’Etat ne les avait pas subventionnées. «Les villas coûtent, en principe, plus de 15 millions. Nous payons aux entreprises 6,5 millions et avons acheté le terrain… Ce qui fait que l’Etat participe à auteur de 11 millions. Les 4 millions reviennent aux bénéficiaires, à qui on ne demande ni apport, ni avance», renseigne M. Ndoye
15 janvier 2008
Le problème du Sénégal, c’est incontestablement Me Wade et le Pds
Le problème du Sénégal, c’est incontestablement Me Wade et le Pds
«La priorité des priorités : se faire réélire en 2007», tel est le titre du chapitre IV de mon livre banni des frontières nationales1. Je l’introduisais en ces termes :
«Me Wade a accédé à la magistrature suprême à l’âge de 74 ans, pour un mandat de sept ans. C’est à cet âge – il convient de le rappeler sans cesse – que le président Senghor a volontairement choisi de quitter le pouvoir. À la fin de son septennat, Me Wade sera officiellement âgé de 81 ans. Selon certains observateurs, il en aurait deux ou trois de plus. Nombre de Sénégalaises et de Sénégalais croyaient qu’il allait rapidement mettre le pays au travail, lui imprimer les changements et les ruptures attendus, terminer son mandat en apothéose et sortir par la grande porte. Il ne serait pas alors très loin d’un Mandela et le pays gagnerait encore en crédit et entrerait presque de plain-pied dans le concert des plus grandes démocraties du monde. Malheureusement, les Sénégalaises et les Sénégalais ont très vite déchanté : ils ne tardèrent pas à découvrir, non pas un homme d’Etat soucieux de respecter ses engagements et de développer le pays, mais un politicien soucieux d’abord, malgré son âge assez avancé, d’assurer déjà sa réélection en 2007. Il s’attela, au grand jour, avec son ministre directeur de cabinet d’alors (devenu aujourd’hui son pire ennemi), à mettre en place sa stratégie, prioritaire par rapport à toutes autres considérations.»
C’est cette stratégie qui a été et est encore l’épine dorsale de toute sa «politique». Me Wade est ce qu’il est : un politicien pur et dur, qui ne vit que pour et par son turbulent Pds. Ses actes et ses déclarations de tous les jours ont des soubassements partisans et politiciens. Il est incapable de montrer un autre visage. Deux hommes qui l’ont bien connu, sentaient déjà ce mauvais côté de Me Wade et nous en ont administré un avant-goût : Habib Thiam à travers son livre Par Devoir et par Amitié (Éditions du Rocher, 2 001) et le Président Abdou Diouf qui, excédé par les dérives de l’homme, l’a interpellé une fois en plein Conseil des ministres en ces termes cinglants : «Monsieur le ministre d’Etat, vous n’êtes pas un homme d’Etat : je vous retire la parole !» Le journaliste politologue Babacar Justin Ndiaye va dans le même sens quand, parlant de Me Wade, il lance cette formule pertinente : «La différence entre l’homme politique et l’homme d’Etat, c’est que l’homme politique se soucie de la prochaine élection, alors que l’homme d’Etat se soucie de la prochaine génération.»
Pendant plus de sept ans donc, Me Wade nous abreuve de politique, de politique politicienne. Toute la vie du pays est réglée au rythme de celle du Pds. Or, avec ce parti, c’est la guéguerre, toujours la guéguerre, encore la guéguerre. Le Pds, c’est toujours des guerres fratricides : bras de fer Idrissa Seck-Aminata Tall, Idy-Ousmane Ngom, Idy-Farba Senghor, Wade-Idy, Wade-Macky. Sans compter les conflits interminables qui opposent les seconds couteaux. On se souvient encore de la première sortie à la télévision de Me Wade, immédiatement après sa réélection provisoire. Je ne m’appesantirai pas sur ce malheureux événement, qui avait sérieusement inquiété plus d’un Sénégalais. Ce jour-là, nous avons découvert un Me Wade plus politicien et plus revanchard que jamais, un Me Wade qui faisait lui-même de graves révélations sur le lourd différend financier qui l’oppose à son «fils d’emprunt». Comme si une force irrésistible l’y poussait.
Depuis lors, rien de nouveau. C’est toujours des guerres de positionnement au sein du Pds, qui rejettent au second plan toute la vie administrative du pays. «Je vais reprendre en main mon parti», entend-on souvent dire Me Wade. Que ne reprend-il pas enfin en main le pays tout entier, qui en a tant besoin ! Cet homme-là a quand même 82 ans au moins et exerce, depuis dix mois, son second mandat. S’il tient vraiment à réaliser ses mille et un grands projets (sept trains à grande vitesse, tramways, bateaux-taxis, canal du Baol, travaux d’assainissement de Touba et des autres capitales religieuses, nouvelle capitale nationale, aéroport de Diass, etc), il doit s’éloigner un peu plus de son Pds et remettre sans tarder le pays au travail.
Malgré le calvaire qu’il nous fait vivre, Me Wade se prend pour un grand chef d’Etat, comme le sont Georges Bush, Nicolas Sarkozy, Angela Markel, etc. Il a donc le devoir, à l’image de ses pairs-là, de se comporter comme tel. Il ne pourra malheureusement pas : il est incapable de se débarrasser de sa carapace de politicien. Pourtant, il est grand temps qu’il y parvienne car, même en Afrique, ses nombreux courtisans auront bien du mal à nous indiquer un seul chef d’Etat sérieux, qui gère au quotidien un parti politique. Même Lansana Konté ne gère plus directement son parti. Amadou Toumani Touré, Blaise Compaoré, John Kufuor, Thabo Mbeki et de nombreux autres chefs d’Etat africains travaillent sans tambour ni trompettes, loin des paralysants partis politiques.
En tout cas, je reste profondément pessimiste, quant à l’éventualité d’un passage de Me Wade, de son statut de politicien pur et dur à celui d’homme d’Etat, soucieux d’abord de l’avenir des générations futures. Ses relations avec les confréries et principalement avec Touba, ne sont pas loin de me confirmer dans mon pessimisme. Au début de ce texte, j’évoquais la stratégie que lui-même et son ancien ministre directeur de cabinet avaient tôt mise en place, pour assurer sa réélection en 2007. C’est dans le cadre de cette stratégie qu’il avait, au grand jour et sans état d’âme, remis au goût du jour la détestable transhumance. La même stratégie explique son choix confrérique que de nombreux compatriotes ont eu à dénoncer, parfois avec la plus grande vigueur. Et ils ont certainement raison car, dès le début de son septennat, Me Wade s’est empressé d’afficher nettement son appartenance à la confrérie des mourides. Personne ne lui conteste d’ailleurs d’être adepte de la confrérie de son choix ou de n’en avoir pas du tout. Ce qui est moins supportable, c’est le caractère ostentatoire et manifestement intéressé du choix du président Wade. Ce qui est à la limite choquant, ce sont les instruments et les symboles de la République qu’il utilise, pour que tous les mourides sachent qu’il est des leurs et votent, le moment venu, pour lui et sa majorité. Sinon, personne n’a le droit de s’occuper de ce qu’il fait à titre privé : qu’il rampe alors, se prosterne ou manifeste son mouridisme de quelque autre manière que ce soit, cela ne regarde que lui.
Après le rappel à Dieu du très regretté Serigne Saliou Mbacké, la télévision nationale nous a annoncé que le président de la République est allé faire acte d’allégeance au nouveau khalife général des mourides. Elle nous l’a effectivement montré, se prosterner devant Serigne Ahmadou Lamine Bara et s’asseoir par terre. Pourtant, le nouveau khalife a essayé de lui éviter le sujjóot et de lui faire l’accolade. Rien n’y a fait : le Président a insisté pour se prosterner et se mettre à terre, alors qu’un fauteuil lui aurait été indiqué. Comme, de mon point de vue, Me Wade ne peut se comporter qu’en politicien, je crois, jusqu’à preuve du contraire, que sa préoccupation était principalement d’envoyer un signal aux mourides, pour les assurer qu’il reste toujours humble talibé, quel que soit le khalife en exercice. N’oublions pas que nous avons les élections municipales, régionales et rurales dans cinq mois, si Me Wade ne les renvoie pas une deuxième fois. N’oublions surtout pas qu’il va mettre tout en œuvre pour passer le témoin à son fils en 2012 et que, pour la réalisation de cet objectif titanesque, il a besoin de l’appui des chefs religieux, et principalement du khalife de Touba.
On ne peut pas aborder le mouridisme du président de la République, sans évoquer la très médiatique et très spectaculaire «réconciliation» avec son «fils» Macky Sall. Le vendredi 4 janvier 2008, nous avons assisté à une véritable mise en scène. De ce cinéma, on peut retenir au moins quatre constats :
- Les Libéraux nous ont présenté le conflit qui opposait Me Wade au président Macky Sall comme une véritable crise entre l’Exécutif et le Législatif, au point qu’ils ont même brandi l’article 52 de la Constitution, présenté comme une «arme nucléaire». L’heure était donc, à leurs yeux, très grave, comme peut-être lors des événements du 17 décembre 1962. Voilà qu’ils reviennent, comme par enchantement, pour nous faire avaler que, sur demande du nouveau khalife général des mourides, Me Wade a pardonné à son «fils» et que ce dernier peut continuer à assurer tranquillement la présidence de l’Assemblée nationale. Serigne Bara Mbacké a certainement fait son travail de régulateur social. De ce point de vue, il n’y a peut-être rien à dire. Cependant, il est au moins prouvé, dans cette affaire, que la Constitution et l’ensemble des autres lois et règlements ne valent pas un sou devant la volonté du nouveau khalife de Touba. Cela voudrait peut-être dire que si, demain, simple hypothèse, le khalife demandait au talibé Wade de nommer X ou Y ministre ou ambassadeur, de sortir de prison M ou N, il se serait exécuté sans état d’âme !
- Macky Sall a été proprement humilié et a accepté passivement cette humiliation. Il a toujours clamé son innocence, il ne reconnaissait aucune faute et ne pouvait, par conséquent, accepter de démissionner. Pourquoi donc serait-il allé voir le nouveau khalife de Touba et d’autres chefs religieux (Me Madické dixit), pour reconnaître sa faute et implorer le pardon de Me Wade ? Le pouvoir doit être sans doute irrésistiblement attrayant. Sinon, comment Macky Sall a-t-il pu accepter de se laisser humilier publiquement, devant ses pires ennemis aux anges ? Comment a-t-il pu, ce jour-là, en rentrant à la maison, regarder son épouse et ses enfants les yeux dans les yeux ?
- Les retrouvailles du 4 janvier ne le seraient que de façade. Les sorties tonitruantes et apparemment déterminées du «fou du village», Farba Senghor, sont à prendre très au sérieux. Farba est un petit maure ; tout ce qu’il raconte, il le tient sûrement de la tente de ses parents. Me Wade n’accorderait qu’un maigre sursis au pauvre Macky, qui finira tôt ou tard par être broyé par l’impitoyable machine libérale.
Il faut qu’on cesse de parler, quand il s’agit de la République -sommes-nous d’ailleurs en République ?- de fils et de père. La République ne connaît que des citoyens, avec leurs droits et leurs devoirs. Ni Macky Sall, ni Idrissa Seck, ni aucun autre membre du Pds n’est le fils de Me Wade. Ce dernier n’en a qu’un, et un bien chéri, bien gardé au chaud : Karim Meïssa Wade, qu’il prépare consciencieusement à sa succession. Si Macky était son fils, il ne lui aurait pas infligé l’humiliation du 4 janvier 2008. Si Idrissa Seck était son fils, il ne l’aurait pas jeté en prison en juillet, par des temps de 37 à 40 degrés à l’ombre. Donc, trêve de balivernes, messieurs les Libéraux ! Si vraiment j’étais de taille à donner un conseil au nouveau khalife de Touba et à son entourage, ce serait de lui demander humblement se méfier, comme de la peste, des millions, des 4x4 rutilants, des passeports diplomatiques et des nominations faciles de Me Wade. Je doute sincèrement de la sincérité de son mouridisme. Yalla rek a xam. Cependant, jusqu’à preuve du contraire, je crois que Me Wade se sert plus du mouridisme qu’il le sert. Par ses comportements partisans, maladroits et politiciens, il a «réussi la prouesse» de faire aujourd’hui de cette confrérie, une cible. En particulier, ses interférences intempestives dans les affaires de la confrérie, ont eu pour conséquences fâcheuses de retarder la réalisation de tous les objectifs que celle-ci s’était fixés2. Si, jusqu’à présent, la mosquée de Gouye Masalik al jinaan attend d’être construite, c’est principalement sa faute, celles de son fils et de Papa Diop. Les mourides s’étaient engagés à la construire et ils en ont largement la foi et les moyens. Me Wade, son fils, Papa Diop et Madické Niang sont venus tout remettre en cause, par leurs promesses démagogiques et leur volonté malsaine de tout récupérer.
Me Wade a également retardé les grands travaux de Touba. C’est dommage, bien dommage que Serigne Saliou n’ait pas eu le plaisir d’étrenner au moins trois, quatre, cinq ou peut-être encore plus d’artères goudronnées de Touba, avant le rappel auprès de son Seigneur. C’était bien possible, avec les premiers dix milliards qu’il avait dégagés, et auxquels viendront s’ajouter cinq à huit autres, dit-on dans la ville sainte. Dès que le très regretté Serigne Saliou avait annoncé ce projet, des mourides avaient commencé à déverser des camions de béton à Touba. Un seul grand talibé s’était engagé à participer pour mille camions. Avec 15 à 18 milliards de départ, nous étions en mesure, avec toute notre foi vigoureuse qui peut soulever l’Himalaya, de réaliser une bonne partie des grands travaux de la ville sainte. A tout moment, nous étions en mesure de mobiliser des dizaines d’entrepreneurs, d’ingénieurs de toutes catégories, d’urbanistes, de géographes, etc. Le Président Wade pouvait alors intervenir, pour apporter l’appui de l’Etat, en prenant en charge l’assainissement ou toute autre partie des travaux.
Aujourd’hui, il a certainement entamé les travaux, mais nul ne sait quand il va les terminer. Des gens se posent aussi des questions sur les milliards qu’il avait réussi à se faire remettre par le khalife, avec l’aide de ses hommes-liges de l’entourage du saint homme. L’argent aurait été restitué à ce dernier, avant le rappel vers son Seigneur. Est-ce vrai ? Je n’en sais rien. En tout cas, à ce propos, certains talibés n’osent pas exprimer publiquement ce qu’ils craignent. Et moi avec eux, d’ailleurs.
Je faisais état plus haut de mon pessimisme et de mes sérieuses réserves chaque fois qu’il s’agit de Me Wade et de ses agissements. Je ne démordrai jamais de l’idée qu’il est plus politicien que mouride. Il a été très tôt établi, dès ses premiers actes, que sa gouvernance allait être marquée du sceau de la confusion des genres. Je n’aurais jamais cru, cependant, que le politicien Wade pouvait aller jusqu’à prendre la très grave responsabilité de faire du Khalife général des mourides, le très détaché, très humble et très pieux Serigne Saliou Mbacké, la tête de liste du Pds à Touba Mosquée. Il l’a effectivement fait lors des élections régionales, municipales et rurales du 12 mai 2002. Pour simplement prévenir toute autre liste rivale, sachant qu’aucun autre parti n’oserait se présenter contre le khalife. Les mourides ont donc connu la surprise de leur vie : à la «Une» de Sud quotidien du mercredi 13 mars 2002, ils découvrent avec stupeur cette terrible nouvelle : «Serigne Saliou Mbacké dirige la liste Pds de Touba.» Dans l’édition du lendemain du même journal, ils lisent, avec la même stupeur, toujours à la Une : «Tête de liste de Touba : le khalife général se désiste.» Chacune de ces deux éditions était illustrée, en très bonne place, par la photo du vénéré khalife. Quel sacrilège !
Pourtant, Me Wade savait parfaitement que, dès le début de son califat en 1990, le saint homme avait nettement tenu à marquer son territoire qui se limite, précisait-il, à Dieu, à son Prophète Mohamed et à Serigne Touba Khadim Rassoul. «En dehors d’eux, avait-il martelé sans ambages, je n’agirai ni dans un sens ni dans un autre.» Et il a vécu, depuis lors, jusqu’au rappel à son Seigneur, conformément à cet engagement, détaché des choses futiles d’ici-bas. Peu lui importait donc de diriger quelque structure que ce soit, surtout une communauté rurale.
Me Wade a toujours travaillé pour le dégager de cet engagement. En plus de la forfaiture que nous venons de rappeler et que nous rappellerons toujours, Me Wade parade dans des doxantu (promenades folkloriques en caravane) à travers la ville sainte. Il a réussi, avec la complicité de ses pions Mahtar Diakhaté et les autres, à faire de «Kër Sëriñ Tuuba» (la résidence des hôtes du khalife), le siège du Pds et de la capitale du mouridisme, la capitale politique du Sénégal. Du Pds tout au moins. On peut multiplier à l’envi les exemples où Me Wade met très en mal la cohésion nationale, la démocratie, la laïcité, la République. Le Président Diouf, le Premier ministre Habib Thiam, le journaliste politologue Babacar Justin Ndiaye ont bien raison : Me Wade n’est pas un homme d’Etat. Et il y a peu de chances que, avec certains hommes qui l’entourent, il le devienne un jour. On a entendu l’un d’entre eux, un certain Yaya Sakho, invité de Walf Tv le samedi 5 janvier 2008, affirmer sans ambages et sans précaution aucune, que «Touba est acquis au président de la République» et que «Serigne Moustapha Saliou n’est pas important, ne représente rien». Il existe de nombreux autres Yaya Sakho dans l’entourage du Président Wade et au sein du Pds. Nous sommes habitués désormais au slogan «Me Wade est la seule constante, tous les autres sont des variantes». Voici d’autres morceaux choisis que l’on entend des Libéraux : «Me Wade, c’est notre thermomètre : s’il dit qu’il fait froid, nous tremblons ; s’il dit qu’il fait chaud, nous transpirons.» (Papa Samba Mboup) ; «Baayfaali ablaay Wadd lañu : lumu ñu sánt ñu def, lumu ñu tere ñu bayyi» (le député Malick Guèye) ; «Le groupe libéral et démocratique est à l’Assemblée nationale pour défendre les intérêts de Me Wade.» (le député Moussa Sy), «J’étais son serviteur (celui de Macky) tant qu’il répondait des instructions du président de la République à l’Assemblée nationale.» (président Doudou Wade).
Me Wade est déjà, pour le Sénégal, un sérieux problème. Il devient un véritable danger public, entouré d’hommes et de femmes de l’acabit de ceux qui ont tenu les propos ci-dessus évoqués. Il devient, dès lors, un impérieux devoir pour chacun et pour chacune d’entre nous, de travailler d’arrache-pied pour débarrasser notre pays de cette race d’individus, qui le tiennent en otage depuis le 1er avril 2000.
1 Il s’agit de Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ?, L’Harmattan, mai 2006, 310 pages.
2 Me Wade s’est même permis de s’interposer, à Arafat, entre Dieu et Ses fidèles, en remettant devant la télévision, des liasses de 10 000 francs Cfa à Moustapha Guèye, Commissaire général au pèlerinage à la Mecque.
Mody NIANG / modyniang@arc.sn -
01 janvier 2008
Lettre ouverte aux compatriotes et pan africanistes du Sénégal
Très chers compatriotes
Wade et la Commission Européenne mènent le même combat contre la CEDEAO
Après avoir publié un texte intitulé « Que cache Wade derrière sa nouvelle fibre pan africaniste ? » le 12 Décembre 2007, je me permets, aujourd’hui, de vous écrire cette lettre, à propos de votre engagement dans sa campagne, contre la signature des « Accords de Partenariat Economique » (APE) avec la Commission de l’Union Européenne, le 31 Décembre 2007.
Vous conviendrez avec moi que, quand vous voulez justifier votre engagement, dans cette campagne, à partir des luttes, que vous et nous avions menées , chacun dans son terrain spécifique, pour amener tous les Chefs d’Etat en Afrique à refuser de signer les APE, je me trouve dans l’obligation morale de vous répondre.
En fait, je crois qu’il y a un très gros mal entendu sur le refus de signature des APE, que Wade entretient à dessein, jusqu’à parvenir à embarquer dans sa « croisade contre les APE » des hommes et des femmes de votre trempe.
En effet, il est de notoriété publique, que tous les Chefs d’Etat d’Afrique ont accédé à la requête des « forces vives africaines organisées » pour refuser, dans un bel élan d’unanimité, qui fera date dans l’histoire des peuples, de signer les APE, dans le contenu que l’Union Européenne leur a donné.
Tout le monde aussi sait, que c’est pour contrer ce refus historique Africain, que la Commission Européenne a concocté des « Accords intérimaires » avec, non plus tous les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, ( ACP), mais seulement avec ceux d’entre eux qui ne font pas partie de la catégorie de Pays les Moins Avancés, ( pays non PMA), qui ont refusé de signer les APE.
Ces « accords intérimaires » doivent permettre l’exportation, sans restriction quantitative, ni payement de douanes, de produits européens dans ces pays ACP non PMA,
Les pressions sur tous les pays ACP, par région de négociation, pour qu’ils signent les APE au plus tard le 31 Décembre n’ayant rien donné, la Commission Européenne s’est donc rabattue sur les pays ACP non PMA, dont les exportations sont surtout orientées vers l’Europe, pour leur imposer de choisir entre la signature « d’Accords intérimaires », ou le payement de droits et taxes pour leurs exportations vers le marché des pays de l’Union Européenne.
Un pareil chantage de la part de la Commission Européenne ne pouvait pas tenir longtemps dans l’opinion publique européenne et du monde entier, s’il y avait une volonté manifeste de nos Chefs d’Etat de la combattre, pour proposer, à leurs places, l’octroi, à ces pays, du « Système de préférence Généralisée améliorée » ( SPG plus), qui leur permettrait, sans aucune contrepartie, de continuer à exporter vers l’Europe, sans payer de taxes, malgré leur refus de signer les APE.
Nous, au PIT, avons déploré que la mobilisation et la solidarité africaine des « forces vives organisées » de notre région Ouest africaine, qui avaient prévalu pour amener nos Chefs d’Etat à refuser de signer les APE, n’ont pas été renouvelées, pour aider les pays ACP non PMA, de notre région, à résister au « chantage honteux» de la Commission européenne.
Nous n’avons pas été capables, par la mobilisation de l’opinion publique européenne, d’amener cette Commission à renoncer, au profit du SPG plus, à ces « Accords intérimaires », qui de toute évidence, sont en contradiction avec l’engagement européen de soutenir l’intégration régionale de nos économies, comme un moyen de réaliser l’Unité économique et politique de l’Afrique.
Donc, bien avant la rencontre Euro Africaine de Lisbonne, l’opinion publique était édifiée sur le refus des Etats d’Afrique de signer les APE, et savait que la Commission européenne était entrain de tordre la main des Etats ACP non PMA, pour signer les « accords intérimaires ».
Dans ce contexte, le bon sens voudrait que l’on s’interroge sur l’opportunité d’ouvrir, à nouveau, un « front de lutte anti APE », et non pas un « front de lutte anti accords intérimaires pour un SPG plus », et sur les raisons qui ont présidé à un tel choix.
Pour répondre à une pareille interrogation qui concerne le Sénégal, il est nécessaire de prendre en compte les problèmes auxquels Wade est actuellement confrontés.
C’est d’abord et avant tout, une sourde colère des populations, laminées par la cherté de la vie.
Il y a ensuite, l’impasse du dialogue social, entre le pouvoir et les organisations syndicales, patronales et du monde rural, et l’absence totale de dialogue politique, entre le pouvoir et l’opposition, sur un fonds de crise grave entre l’Exécutif et le Législatif.
En outre, au crépuscule de sa carrière politique, il assiste à la dégradation continue de son image au Sénégal et en Afrique, malgré les nombreuses « médailles de démocrates » qui lui ont été décernées par complaisance, et souvent au prix fort.
Enfin et surtout, il fait face aux exigences, de la plus part des forces vives de la nation, de tenir des « Assises nationales », pour sortir notre pays de la grave crise institutionnelle, politique, économique, et sociale, et pour mettre fin à sa politique de remise en cause répétée de la laïcité de notre l’Etat, qui est au fondement de la convivialité de nos communautés.
C’est en prenant la pleine mesure de cette grave situation intérieure, que nous, au PIT, en avons tiré la conclusion suivante :
« Wade, qui connaît bien l’engagement anti colonialiste et pan africaniste des forces vives organisées de notre pays, a voulu, en créant la confusion sur le refus des APE, exploiter, d’une manière outrancière, cet engagement, pour les détourner des problèmes du pays, et des préoccupations pour la tenue des « Assises nationales » à laquelle elles sont entrain de travailler ».
Cependant, ce qui est encore plus grave pour le Sénégal et l’Afrique dans cette « croisade » de Wade, ce sont les risques d’implosion qu’elle fait courir à l’UEMOA et à la CEDEAO, en parfaite contradiction avec ses professions de foi pan africaniste.
En effet, le Comité interministériel de suivi des négociations avec la Commission européenne, des 15 Etats membres de la CEDEAO et de la Mauritanie, s’est réuni à Ouagadougou le 17 Décembre 2007, pour confirmer le rejet des APE, reconduire la Commission CEDEAO dans ses fonctions de « négociateur » au nom des Etats de la région Ouest Africaine, et lancer un appel pour « soutenir et encadrer » la côte d’Ivoire et le Ghana, dans la mise en œuvre des « Accords intérimaires » que la Commission Européenne leur a imposés.
Mais, dés le lendemain, le 18 Décembre 2007, Wade réunissait, dans son Palais présidentiel, un aréopage de forces vives de la Nation, pour les « sensibiliser » sur la nécessité de créer un vaste mouvement au tour de sa personne, « porte parole auto proclamé » de l’Afrique, pour refuser la signature des APE ». (Selon la relation du quotidien le « Soleil » du 27 Décembre 2007 qui a publié intégralement son intervention).
Pis encore, il a réclamé, à cette occasion, le remplacement de cette Commission de négociation avec l’Union Européenne, par la Commission de l’Union africaine, sous prétexte du « respect nécessaire du parallélisme des formes » avec la Commission Européenne qui négocie au nom de l’Europe.
De ce fait, il est devenu parfaitement clair, que Wade veut fragiliser la CEDEAO, en faisant pareille réclamation.
Il est évident, que tout ce qui va dans ce sens, ne peut en aucun cas favoriser la matérialisation de notre rêve d’unité économique et politique de l’Afrique, à travers l’organisation de puissants regroupements régionaux, dans une approche dite « par cercles concentriques ».
Cette approche s’est avéré être la voie la plus objective dans cette direction, en particulier, depuis l’échec du forcing de Wade et de Kadhafi pour imposer un « Gouvernement » pour l’Afrique, lors du dernier sommet de l’Union Africaine (U A) à Accra.
Un « Gouvernement » pour l’Afrique, avant un Parlement Africain élu au suffrage universel qui en assure le contrôle, est une tentative d’instaurer un pouvoir personnel sur le continent, au nom de la nécessaire « Unité Africaine », qu’aucun démocrate pan africaniste ne saurait cautionner.
C’est pour cette raison que, pour éviter que ceux qui négocient avec l’Union européenne ne soient pas hors de contrôle des Etats et de peuples concernés, que le consensus s’est fait autour de l’idée des régions de négociation, dont six pour l’Afrique, pour mettre fin à la tyrannie de « bureaucrates » qui, à Bruxelles, négociaient avec l’Union Européenne au nom de tous les Etats ACP, lors des précédents accords.
Ainsi, sous couvert d’un « pan africanisme ombrageux », Wade vise, en fait, l’objectif de confier à une « bureaucratie africaine », qu’il rêve d’avoir sous son contrôle à force d’agitation, le soin de négocier avec l’Union Européenne, pour enlever toute influence des forces vives organisées de notre région, sur elle, et sur l’issue des futures négociations, comme ce fut le cas avec les APE.
Mais, ce qui est encore plus inquiétant, c’est quand il réclame, en termes à peine voilés, l’exclusion de la Côte d’Ivoire de l’UEMOA, pour « crime de signature des accords intérimaires ».
Pour justifier une pareille exigence, Wade, lors de cette réunion, a affirmé que « ceux qui ont signé ces accords sont, de jure, exclus des Unions », puisqu’ils constitueraient « un danger » pour la survie de celles ci, du fait d’une concurrence déloyale, par ce que inégale, que les produits européens, par leur faute, vont faire subir à nos produits locaux dans nos marchés sous régional et régional.
Cette position ne repose sur aucun fait d’analyse, pour peu que l’on prenne en compte les textes qui régissent l’UEMOA, que Wade ne peut pas ignorer, sans se disqualifier sur cette question.
En effet, le traité de l’UEMOA dispose, que les produits, qui peuvent circuler dans notre marché sous régional, doivent obéir à l’un des deux critères que sont : être un « produit du cru », ou d’avoir respecté la « règle d’origine », c'est-à-dire, être fabriqué localement dans un pays membre.
Puis qu’aucun produit importé d’Europe ne peut répondre à l’un ou l’autre critère, il ne peut aucunement circuler dans le marché sous régional, sans payer les droits et taxes institués dans la Communauté.
Donc, dans le court et les moyens termes, la signature de ces « accords intérimaires » ne peut pas constituer une menace pour le marché de l’UEMOA, pour peu que la Commission instituée à cet effet pour l’agrément des produits, continue de faire son travail qu’elle fait encore admirablement.
Au contraire, ce sont les marchés des pays signataires de ces « accords intérimaires », qui vont subir la concurrence déloyale des produits européens.
C’est compte tenu de cette situation, que le Comité de suivi a lancé, à Ouagadougou, son appel pour «aider et accompagner » la Côte d’Ivoire et le Ghana, pour qu’ils parviennent à minimiser les effets, néfastes pour leurs produits, de la mise en œuvre de ces « accords intérimaires », et consolider ainsi l’UEMOA et la CEDEAO, rudement mises à l’épreuve par la Commission de l’Union Européenne.
Mieux , le PIT estime, que cet « accompagnement » devrait aussi se traduire par la mise en route d’un large rassemblement des forces vives organisées, au Sénégal et dans notre région Ouest africaine, pour créer, en Europe, une forte opinion publique, capable d’imposer leur annulation, en faveur de l’octroi du « SPG plus » aux pays ACP non PMA.
Seul l’aboutissement heureux d’une telle bataille peut créer de meilleures conditions de négociation, d’égal à égal , avec la Commission Européenne, dans 18 mois, comme convenu entre L’Europe et l’Afrique, et non l’agitation stérile, mais dangereuse pour l’Afrique, que Wade est en train de développer contre les APE, en abusant les patriotes et pan africanistes de notre pays..
A quoi nous appelons, est donc tout à fait le contraire de la « croisade » de Wade, à laquelle vous avez décidé de participer.
Connaissant parfaitement votre engagement dans la lutte pour plus de justice sociale dans notre pays, et pour la matérialisation de notre idéal commun de l’unité économique et politique de notre continent, je ne peux que déplorer cette perte gigantesque de votre énergie dans cette entreprise, qui est manifestement une diversion politique de haute voltige, dont seul Wade a le secret.
C’est ainsi qu’il faudrait aussi comprendre, les raisons de sa dernière sortie fracassante, de retour de son voyage de France, depuis le salon d’honneur de l’Aéroport Léopold Sedar Senghor à Dakar, pour dénoncer la non extension du « Traité de Schengen » aux Etats africains, de la même manière que l’ Union Européenne a procédé en faveur des nouveaux pays Européens membres de cette Union.
Une telle critique est tout à fait renversante, quand elle vient d’un Chef d’Etat, qui a été le seul en Afrique, à avoir signé avec Sarkozy, « les accords de la honte » pour rendre opérationnelle son option anti Africaine, à la limite du racisme, surnommée « immigration choisie », que Wade cache derrière le vocable « immigration concertée ».
Cependant, jusqu’à présent, il a excellé à instrumentaliser, alternativement, les attentes des grandes puissances envers l’Afrique, et les frustrations des Africains envers l’Europe, pour se positionner personnellement, dans sa recherche effrénée de leadership sur le continent.
Ce comportement l’a très souvent mis en mal avec ses pairs, et même, il n’y a pas si longtemps, avec le mouvement alter mondialiste, sur la question de l’annulation de la dette des pays en développement, et de l’obligation historique des pays développés d’accroître l’Aide Publique au Développement en leur faveur.
A y voir de plus près, dans sa « croisade anti APE » et l’exploitation abusive qu’il veut faire de la signature des « accords intérimaires » contre la Côte d’Ivoire, il mène, en fait, le même combat que la Commission Européenne, contre la CEDEAO et l’UEMOA, pour avoir été, jusqu’à présent, incapables de la soumettre à leur volonté respective.
C’est pour toutes ces raisons que, pour le PIT, le seul rassemblement et le seul combat qui vaillent pour l’intérêt du Sénégal et de l’Afrique, est de mettre en échec ces manœuvres de Wade.
Elles n’ont d’autres objectifs que de le maintenir encore au pouvoir, le temps qu’il lui faudra, pour finaliser son projet de faire de son fils son successeur à la tête de notre pays, en instrumentalisant l’engagement anti colonial et pan africaniste des forces vives de notre pays, abusés par ses proclamations de foi pan africaniste.
C’est pour cela, que je ne peux que regretter votre participation à cette « croisade », qui va être aussi une nouvelle occasion de dilapidation du peu de ce qui reste encore de nos maigres ressources nationales, pour lui créer une nouvelle cour, au moment même où, notre peuple croule sous le poids de la cherté galopante du coût de la vie, et réclame la diminution du train de vie dispendieux de l’Etat, pour financer la baisse les prix.
Il n’est pas trop tard pour se ressaisir et consacrer toutes nos forces, dans notre pays pour la tenue des « Assises nationales » et, en Afrique et en Europe, pour « soutenir et accompagner » la Côte d’Ivoire, le Ghana, l’UEMOA et la CEDEAO, contre les agressions de Wade et de la Commission Européenne.
Fraternellement, votre compatriote
Ibrahima Sène du PIT/Sénégal






